13/06/2012

Rompre le charme d'Amanda Sthers

Rompre le charme, le dernier roman d'Amanda Sthers.

Il est temps pour Amanda Sthers de nous parler d'un secret de famille. Le genre de secret qui hante et qui te fourre des silences un peu partout. Le genre de secret qui te fait devenir écrivain?

Avec ce secret-là, elle a perdu une part de sa mère: il lui reste sa "fausse mère". La vraie est partie dans le chagrin avec le suicide de son frère. A travers l'évocation de cet oncle, de sa mort, des non-dits qu'elle laisse, Amanda Sthers dresse un très beau portait de sa mère et de son métier d'écrivain.

"Sous cette foutue trempe d'écrivain, je ne suis qu'un tortionnaire", écrit-elle. Tordre les maux sourds de sa famille, les réveler, pour assouvrir son besoin d'écrivain? L'auteur se demande si ça en vaut la peine.

C'est étrange, cette question finit toujours par arriver: celle de savoir si on a le droit d'écrire tout quitte à blesser ceux que l'on aime le plus. Dans Rompre le charme, Amanda ose tout.

"Si tu montes sur tous les livres que t'as écrits, tu prends quoi? Dix centimètres? ça valait la peine tout ça?" au travers d'un bout de texte adressé à son éditeur Jean-Marc Roberts.

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La première fois, Amanda, ce fut "la femme de". Une étrange jeune femme qui avait fini par mettre la main sur celui qu'on aimait toutes. Une femme ni tout à fait enfant ni tout à fait fatale qui contrastait beaucoup d'avec les autres femmes qu'on appercevait le temps d'une saison à son bras à lui, le chanteur. La curiosité m'a poussée vers elle pour comprendre ce qu 'elle avait pour avoir réussi à mettre la bague au doigt du tombeur. Est-ce ma faute à moi si dans la famille on a toujours aimé les chanteurs? Etrangement, quelque chose devait me lier à Amanda: J'ai été élevée avec Bruel et Hallyday dans les oreilles. Tous deux ont fasciné ma famille par cette énergie folle qu 'ils donnaient dans leur métier. Et plus. Elle en a épousé un et prépare actuellement un livre sur l'autre.

Premier roman, donc: Ma place sur la photo.
 
Je découvre qu 'il en existe des comme moi. Des inquiètes.
 
Découverte que cela existe quelqu'un comme moi qui a peur de tout sans en avoir l'air, qui est toute en contraste, qui peut aimer la vie autant, la bouffer sans mesure et avoir peur d'un rien. Qui écrit comme elle pense et qui pense comme je pense. Qui écrit comme j'aimerais un jour le faire.
 
Petite musique de style. Qui se retrouve dans chaque roman, chaque oeuvre d' Amanda. Drôle d' Amanda, qu'on ne devine pas forcément derrière ses cheveux clairs, ses mèches et sa voix maladroite.
 
C'est elle pourtant qui écrit la pièce la plus sublime du théâtre contemporain de ces dernières années, Le vieux Juif Blonde.Envoutant.
 
Je reparlerai de ce livre sur Zone Littéraire rapidement.
 
 
 

09/06/2012

Les livres de nos vies

Il y a des livres qui nous laissent indifférents, ne mentons pas il y a en pagaille. Puis il y a d'autres livres qui se baladent dans vos vies et qui nous marquent. Reste à savoir dire pourquoi.

J'ai comme cela plusieurs titres qui pour des raisons diverses et toujours liées à un moment précis de ma vie demeurent présents:
 
Vous êtes faite de peines étranges, de Bernie Bonvoisin. Un livre qui m'a marquée, un titre sublime: un amour impossible, une poésie triste et belle. 
 
Justine Lévy, Rien de Grave qui a une époque résumait toutes les ondes sensibles de nos petits coeurs nostalgiques, encore jeunes, avant le cynisme: "Tomber amoureuse, tomber malheureuse, on ne peut pas tomber un peu, quand on tombe c'est toujours de haut."
 
Hell de Lolita Pille, car après toute une avalanche de critiques, je reste persuadée que ce livre est une petite bombe dénonçant nos délires débiles de parisiens trop-avertis pour obéir à la loi du soft, du sain. Et l'ennui.Les Planches, GENERATION STERIMAR, qui n'hésite pas à s'enfiler six traces avant de rentrer se désinfecter au Stérimar.
 
Il y a Sagan, "sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom le beau nom grave de tristesse"
 
Il y a Duras, " Je te rencontre.Je me souviens de toi.Qui est tu ? Tu me tues.Tu me fais du bien.
Comment me serais je doutée que cette ville était faite à la taille de l´amour ?
Comment me serais je doutée que tu étais fait à la taille de mon corps même ?
Tu me plais. Quel événement. Tu me plais."
 
Il y a Albert Cohen, enfin, encore. Belle du Seigneur, le grand émoi littéraire. Le livre obligatoire en hypokhâgne. Un train interminable. Je me souviens: et ces 120 premières pages qui ne décollent pas. Puis le goût des belles phrases, de l'écriture aussi puissante que drôle: "la regardant dormir, il conjugua silencieusement le verbe faire l'amour au passé, au présent et hélas au futur. Il venait d'attaquer le subjonctif lorsque, brusquement réveillée, elle lui baisa la main".
 
Il y a Amanda Sthers: Premier choc entre ses mots et les miens: Le Vieux Juif Blonde. Ce n'etait pas un livre, une pièce d'abord, mais un texte que j'ai lu, ensuite. Puis tous ses autres livres. La sensation qu'il existait quelqu'un qui parlait ma langue, mes maux.Mais j'en reparlerai. "Si vous, vous voyez une jolie jeune fille, c'est parce que vous ne comprenez pas qui je suis. C'est parce que j'ai tellement rit. J'ai tellement rit parce que j'avais tellement envie de pleurer que j'ai finit par me transformer."

26/05/2010

Chère A. (où il est question des Terres Saintes et du reste)

Chère Amanda,

Tu as décidé de gérer la forme épistolaire dans ton dernier roman, Les terres saintes (éditions Stock). Bien évidemment, tu as géré haut la main. J'espère que tu vas prendre soin de ne pas tomber du mauvais côté du fil, c'est-à-dire du côté Eric-Emmanuel Schmitt. Mais je te fais confiance. Je t'ai toujours bien aimée. D'abord parce que tu as réussi à devenir madame Bruel et ça, c'est tout de même un de mes rêves récurrents d'ado. Chapeau.Ensuite, très vite, parce que tu as pondu la pièce que j'aurais aimé écrire: Le vieux juif blonde que j'ai été voir deux fois et qui m'a scotchée, éparpillant mes certitudes et mes habitudes théatrales. J'en avais d'ailleurs parlé à l'époque ici.

Je n'ai évidemment plus rien loupé de toi, ni roman, ni pièce, ni film. Quelle claque à la lecture de Chicken Street et de Keith me!

Et maintenant Les terres saintes, où il est question évidemment de shoah, de famille et d'amour.

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Harry Rosenmerck, éleveur de porcs en Israel y correspond avec son ami Rabbin,sa famille aussi.

"Je vous le dis, monsieur le rabbin, si nous laissions fuser blagues sur la Shoah, plus personne n'attendrait Godot. Serait-ce un mal?"

Sa fille, Annabelle lui écrit aussi.

"A croire qu'en chaque femme sommeille une mère juive qui attend son épiphanie. Moi j'attends juste de trouver l'homme qui fera de moi une mère".

Il lui répond comme il peut:

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Alors elle raconte à son frère:

" Il m'a dit que ce serait plus simple que jeme marie, qu'un autre se fasse du souci à sa place"

Je n'ai pas envie de faire une critique précise , ces quelques extraits, j'espère donnerons envie de le lire et d'être ému comme je l'ai été...

Site de l'éditeur: STOCK.

Si d'aventure, vous n'auriez pas lu KEITH ME, foncez: Un livre d'amour dans la peau de Keith Richards. Etonnant. Et puis Madeleine et puis tout!