02.05.2010

Une heure quatorze

Une heure quatorze et une vie qui bascule pour la narratrice de ce premier roman de Stéphanie Bataille. Une heure quatorze, titre énigmatique ouvert sur tous les possibles. Ceux de ce premier roman de Stéphanie Bataille, se situent plus loin que le coeur imaginait pouvoir sombrer. J'avais déjà salué l'arrivée de la nouvelle maison d'édition tout simplement nomme l' Editeur. Voici ma première lecture de cette maison, un roman brut sur le désarroi émotionnel écrit par la comédienne Stéphanie Bataille.

Une heure quatorze, c'est grosso modo le temps qu'elle met pour nous conter son histoire avec l'Hydre. Une histoire qui finira mal, on le sent dès les premières pages. Et pourtant ça m'a bien l'air d'une love story comme on en rêve, celle de la symbiose extra-temporelle, celle du on-ira-où-tu -voudras-quand-tu-voudras et surtout jusqu' à "toujours", sans retour... L'Hydre est un homme de lettre, un romancier / journaliste de Saint-Germain des Près. Il me fait étrangement penser à l'un de ces prototypes que j'ai connu et qui m'a fait un début de cinoche similaire. Le prototype Hydre-homme de lettre est un cas surnommé "méfiance". L'homme de lettre (grisonnant-le vrai de st germain) est (presque toujours) ainsi fait: Il a besoin de chair fraiche pour faire fonctionner encore son imaginaire et surtout besoin de faire à croire à la chair fraiche qu'elle arrive comme un ange dans sa vie, elle, l'unique, la seule, l'exceptionnelle. Le prototype y croit même un certain temps. Elle "l'inspire". Puis, il se rend compte que ce bonheur qu'il a non seulement stimulé chez elle, mais construit malgré lui autour de lui l'ennuie immensément et surtout ne lui sert à rien artistiquement parlant. Il a donc à ce moment-là envie de changer de costume et d'endosser un autre rôle, afin de faire surgir le drame, qui l'aidera à être salué par la critique pour son prochain bouquin. Alors il défait tout avec un désintérêt aussi radical que la passion amoureuse qu'il prétendait ressentir comme jamais auparavant et pour toujours.
La narratrice d'"Une heure quatorze" est l'objet des micro-saynettes de son Hydre. Il l'aime et la désaime avec une identique facilité, la détruisant au passage, sans culpabilité aucune. Elle décrit sa passion fébrile et le mal de la rupture monstrueuse. Nous lecteur, nous assitons à une heure quatorze d'amour bouillant. On accompagne cette femme dans sa love story et sa faiblesse est notre amie.

Ce livre est touchant et vrai. On y traverse avec émotion toute l'ordinaire forme amoureuse que prend une relation de son balbutiemment à sa fin.

Les filles ne savent pas plus que les garçons raconter leurs malheurs à leur proches. Mais elles en ont deux fois plus besoin! Alors elles écrivent beaucoup de livres sur l'amour et le malheur amoureux où l'on aime pouvoir se retrouver. Et ça tombe bien, les gens n'aiment pas les malheureux dans la vraie vie.

J'ai pu constater cela ce week-end. Ils aiment les voir en film, les lire, mais pas les subir. C'est ainsi. Si tu es mal, surtout ne pas l'ouvrir, même pour dire "parlez-moi" "demandez-moi comment je vais", ou même "aimez-moi un peu". Surtout ne pas leur gâcher leur plaisir.